Une autre Aurélia

Titre
Une autre Aurélia
Editeur
Editions Allia
Date de parution
2018
Genre
Journal

 »Supportes-tu la solitude ? me demandaient certains. Cette question me sidérait, car Wen était extraordinairement présente – mais d’une présence devenue changeante et imprévisible. Cette instabilité nouvelle m’occupait tant qu’il m’importait peu d’être incompris des autres. J’avais vécu en eau calme, je naviguais maintenant sur des eaux agitées et irrégulières où des tourbillons pouvaient m’engloutir. J’avais besoin de tous mes esprits pour me maintenir. »

Jean François Billeter livre dans ce bref ouvrage une partie des notes qu’il a prises depuis la mort subite de son épouse, il y a bientôt cinq ans. Ce sont des observations précises sur le rôle joué par l’émotion, l’imagination et la mémoire dans de telles circonstances, et sur les « opérations salvatrices » qui créent d’elles-mêmes de nouveaux équilibres. Mais ces notations n’éclairent pas seulement une expérience qui n’a jamais été abordée de cette façon-là, car elles nous en disent autant sur notre rapport à l’autre quand il est présent que quand il n’est plus là. La disparition de l’être aimé nous apprend « de quoi nous sommes faits ».
Le titre est une allusion à l’Aurélia de Gérard de Nerval, brève œuvre posthume que les surréalistes ont tirée de l’oubli. Le poète y raconte sa quête d’une femme dont il ne connaît pas la véritable identité et la folie qui s’est peu à peu emparée de lui. Par son récit, il pensait ouvrir « de nouvelles portes à la connaissance des mystères de notre esprit ». C’était en effet la première fois qu’un auteur parlait de manière précise de l’expérience personnelle de la folie. Dans Une autre Aurélia, par contre, l’absente reste bien présente et ce n’est pas la folie qui gagne, mais un nouveau rapport à soi et à l’autre, voire peut-être un nouveau progrès dans la connaissance des « mystères de notre esprit ». Dans cet ouvrage inclassable, où la chronique, l’observation et la réflexion sont étroitement liées, la clarté règne, l’écriture est d’une élégance constante.

(site des éditions Allia)

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Extrêmement sensible et émouvant.  Véritable poème d’amour à l’être aimée dont la présence semble irradier force et parfois gaieté.  La mort de Wen est une absence-présence. Une grande douleur et une grande sagesse sont à l’œuvre dans ce petit livre. Un deuil permanent mais consenti à deux.